Ma pratique artistique s’articule autour des relations entre image, matière et mémoire, à partir de formes issues du vivant ou de ses traces artefactuelles. Elle prend notamment appui sur la notion de suaire : à la fois tissu recueillant les défunts et surface d’apparition d’une image. Empreint d’une figure disparue, le suaire engage une réflexion sur ce qui subsiste d’un corps — entre présence et absence, entre trace et représentation.
Cette attention à ce qui persiste ou affleure se manifeste dans un intérêt pour des formes marginales ou invisibles : versos de cadres, ruines, fragments architecturaux, images délaissées ou cadavres d’animaux. Souvent relégués à l’arrière-plan, ces éléments sont réinvestis afin d’en révéler les qualités visuelles et symboliques latentes.
La dualité entre image et support nourrit une recherche expérimentale à travers une diversité de matériaux — sucre, velours, bois, polyester, tarlatane, silicone, verre — envisagés non comme de simples médiums, mais comme des vecteurs de transformation. Chauffées, altérées, perforées ou superposées, les matières subissent des mutations qui affectent directement la lisibilité des images.
Celles-ci, issues de sources variées (livres, objets trouvés, photographies collectées ou produites), gravitent autour de l’idée de déliquescence. Figures humaines ou animales, paysages ou vues de villes en ruines sont envisagés comme des formes en devenir, susceptibles d’être déformées, filtrées ou recomposées.
Le travail se développe ainsi dans une interaction constante entre formes et matières, d’où émerge une métamorphose de l’image et de son support.
En parallèle, un travail pictural aux tonalités chaudes, influencé par l’usage du sucre caramélisé et du bois carbonisé, réactive une iconographie issue de la tradition occidentale, et s’inscrit en contrepoint des autres œuvres présentées.
L’ensemble fait émerger des images traversées par des temporalités multiples, où affleurent les fantômes d’une histoire de l’art autant que ceux d’un monde en transformation.